Au de là du CPE, et du Code du Travail …
Propos sur la Jeunesse - 30 mars 2006 (.III )
par Jean-Francis Dauriac
Pourquoi la France ne veut elle pas prendre la mesure du problème que pose une jeunesse d’autant plus nombreuse qu’elle se prolonge, comme d’ailleurs, tous les âges de la vie et tout particulièrement le troisième âge? Parier sur la croissane et l’emploi, pour que le plus grand nombre renonce à faire des études ? Revenir de façon plus ou moins explicite à une sélection précoce ? Cibler la solidarité nationale sur ceux qui sont les plus défavorisés et se trouvent exclus du système scolaire ? Parier sur la seule croissance reviendrait à admettre que l’augmentation massive du niveau d’études n’avait pour but que de contenir les statistiques du chômage. Et, cela est sans doute partiellement vrai. Mais pour autant, quelles qu’en soient les raisons, il sera difficile de faire marc he arrière. Car, quand bien même la croissance serait de retour, nul ne pourrait occulter l’intérêt pour les études, ne serait ce que pour fuir les travaux pénibles, augmenter la faculté de choix, ou se prémunir contre un avenir incertain et très fluctuant, dans un pays – fait atypique- où le diplôme est roi et le restera très longtemps. Quant au mythe de la sélection précoce, par exemple à l’entrée de l’Université, il se heurte à des arguments culturels mais aussi d’ordre économique et politique. Sur le plan culturel, la tendance est pour longtemps à la revendication de choix individuels et au qualitatif, auxquels aucune collectivité ne saurait raisonnablement contrevenir. Il semble difficile de demander à des jeunes qui réussissent même sans brio particulier leurs études et leurs diplômes dans le secondaire, de renoncer à choisir la suite de leur formation. De plus, au de là de toutes considérations individuelles, notre société a politiquement beaucoup de mal à prévoir durablement les besoins d’une économie mondialisée et en constante et si rapide mutation. L’évolution des besoins est souvent plus rapide que l’adaptabilité de nos systèmes de formation. Elle ne s’embarrasse pas de devoir organiser et planifier les nécessaires reconversions Enfin, comment concilier sélection précoce et formation à tous les âges de la vie, dans une société où le diplôme initial à 25 ou 26 ans ouvre toutes les voies royales reléguant à un niveau moindre et résiduel l’expérience et le savoir faire de non diplômés ou de diplômes moins prestigieux. Quant à privilégier celles et ceux qui sont dès le plus jeune âge en situation d’exclusion, à quoi bon, si ceux qui ne le sont pas n’ont aucune perspective. L’action en faveur de ceux qui échouent ne peut être efficace, que si elle est couplée avec de réelles perspectives pour ceux qui sont censés avoir réussi. A défaut, l’échec des uns agit comme un contre exemple sur les autres. A quoi bon travailler, se demandent certains gamins de banlieue, si leur grand frère ou leur grande sœur, qui ont « réussi » en obtenant le baccalauréat ou une licence sans grande valeur se retrouvent déclassés ou au chômage ? Mieux vaut rêver d’argent « facile », d’une carrière de footballeur ou bien plus grave et de plus en plus fréquent, mieux vaut prendre le risque de « dealer », voire de voler. La dévalorisation voire l’échec social des diplômés de « seconde zone » agissent comme un contre exemple social et constituent un redoutable poison social : non seulement ils déçoivent, ceux qui sont concernés, mais tuent l’espoir de toute progression sociale. Cet espoir qui maintient et préserve le lien social pour ceux qui sont le plus durement frappés. Sans espoir, d’une génération à l’autre, la société perd son crédit et la cohésion risque de voler en éclat.
Prochainement : Quand la bureaucratie remplace les choix de société…