Associations et démocratie
AG Animafac - Intervention de Roger SUE - « Associations et démocratie » lundi 15 août 2005. « Sur la question du rapport entre association et démocratie, le premier sens est généralement de dire que l’association est une conquête de la démocratie. C’est vrai par exemple pour la France puisqu’il faut attendre un certain libéralisme, c’est-à-dire la troisième république, pour arriver à la loi du contrat d’association du 1er juillet 1901. Mais je voudrais surtout dire l’inverse : c’est l’association qui fonde la démocratie et non le contraire. Et pour affirmer cela, j’ai toute l’histoire pour moi. Les Grecs qui sont au fondement du régime moderne de la démocratie l’ont inventé parce qu’ils ont un lien d’association entre eux, parce que des individus se considèrent comme des alter ego. Il faut être entre soi, il faut être citoyen grec, etc. C’est une formule limitée qui permet cependant aux gens de se retrouver dans l’idée d’association, c’est-à-dire que dans l’idée du rapport d’alter ego, le rapport d’égalité, le rapport de libre choix de son destin. C’est une exception historique formidable dans cet univers antique. Et c’est à partir de cette constitution du rapport social que s’invente l’idée que l’on peut trouver des moyens pour que chacun puisse décider sur la vie publique, pas par le vote mais par ce que les grecs appelaient la démocratie directe. L’association vient bien de là et non de la simple loi 1901. Prenons l’exemple de la Révolution française qui s’inspire du modèle athénien. Les philosophes des lumières qui s’intéressent par ce qu’on appellera les doctrines du contrat social sont des gens pétris de culture grecque qui font la révolution au nom de l’association. S’il y a un seul livre à lire aujourd’hui, peut être aujourd’hui plus particulièrement d’ailleurs, c’est le contrat social de Rousseau. Tout est dedans et nous en sommes encore très loin. Mais si vous avez la curiosité d’ouvrir cet ouvrage, vous verrez qu’il y a le mot association pratiquement à chaque page, presque pas le mot contrat ni le mot démocratie. Et Rousseau met en avant l’association, parce que si le régime n’est plus une monarchie mais une démocratie, si on fait un contrat, qui sont les contractants ? Si ce n’est pas entre des associés, cela n’en vaut pas la peine. Un contrat n’est ni juste ni égal par nature. Le contractualisme ne veut rien dire, ce qui est important c’est qui contracte. Rousseau avait tout à fait conscience que pour qu’un contrat social, c’est-à-dire un régime politique, ait une pertinence démocratique, il fallait qu’il y ait au préalable un lien d’association. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les théoriciens parlent du double contrat. Le premier consiste d’abord à se reconnaître l’un l’autre comme des individus libres et égaux. Parce que le contrat est par nature un contrat de dupe : c’est un contrat du fort au faible, du riche au pauvre, tout ce que combattait Rousseau à l’époque. C’est la raison pour laquelle Rousseau estime qu’il doit y avoir association avant le contrat. S’il n’y a pas d’association il n’y a pas de démocratie. C’est une pensée extrêmement forte que les révolutionnaires ne peuvent pas appliquer, complètement submergés qu’ils sont par ce contrat social, par la présence des nobles, des pauvres, etc. La révolution française efface ensuite le mur théorique de cette question de l’association qu’elle ne peut pas résoudre. Elle donne sa réponse sans la résoudre en disant que l’Etat est une grande association. Lire la suite, consulter le site d’Animafac ? cliquez ici. Roger SUE est chercheur en sociologie et sciences politiques, il est spécialiste des questions de lien social et de société civile.